Quand on parle de visibilité IA, on parle souvent de "les moteurs IA" comme s'ils formaient un bloc homogène. Ce n'est pas ce que nous avons observé.
Nous avons testé 50 PME françaises dans ChatGPT et Perplexity — les deux moteurs les plus utilisés par les acheteurs B2B — avec les mêmes requêtes, au même moment. Le volume de citations d'une même marque peut varier jusqu'à 615 fois entre les deux plateformes, et seulement 11 % des domaines sont cités simultanément par ChatGPT et Perplexity. Nous l'avons vérifié sur notre propre panel : les deux moteurs ne se ressemblent presque pas dans leurs résultats.
Voici la méthodologie, les résultats secteur par secteur, et ce que ça change concrètement.
Pourquoi tester les deux moteurs
68 % des acheteurs B2B utilisent ChatGPT chaque semaine — c'est le moteur grand public, celui que vos prospects connaissent et utilisent instinctivement. Ignorer ChatGPT dans un audit de visibilité IA, c'est ignorer le canal dominant.
Mais Perplexity a une propriété que ChatGPT n'a pas : la transparence totale sur ses sources. Perplexity attache une source à chaque affirmation dans 78 % des requêtes complexes, contre 62 % pour ChatGPT. Pour comprendre pourquoi une entreprise apparaît ou n'apparaît pas, Perplexity est le moteur le plus lisible. C'est pourquoi nous avons testé les deux : ChatGPT pour mesurer la visibilité réelle auprès des acheteurs, Perplexity pour comprendre les mécaniques sous-jacentes.
ChatGPT représente 87,4 % du trafic référent des chatbots IA et recommande généralement sans lien cliquable — son influence opère via la mémorisation de marque plutôt que via le clic direct. Perplexity ne représente que 15 à 20 % du volume référent IA mais produit des citations liées qui convertissent à 11 fois le taux du référencement organique traditionnel. Les deux moteurs sont utiles — pour des raisons différentes.
Méthodologie
Panel. 50 PME françaises réparties en 5 secteurs : agences marketing (10), cabinets RH et recrutement (10), avocats et cabinets juridiques (10), éditeurs SaaS B2B (10), hôtels premium (10). Toutes avec un site actif, une présence LinkedIn, une activité établie depuis au moins 3 ans. Aucune grande entreprise cotée, aucune micro-structure sans présence digitale.
Requêtes. 8 requêtes par entreprise par moteur, soit 800 requêtes au total (400 sur ChatGPT, 400 sur Perplexity). Chaque requête construite à partir des formulations réelles utilisées par les prospects dans le secteur concerné. Soumises sans compte connecté ni historique de navigation.
Grille de lecture. Trois niveaux : citation directe (l'entreprise est nommée), citation indirecte via une source tierce, absence totale. Sur Perplexity : source identifiée pour chaque citation. Sur ChatGPT : présence dans la réponse générée, avec ou sans lien.
Limite à noter. Seulement 30 % des marques restent visibles dans des requêtes IA consécutives identiques. Ces résultats reflètent une tendance observée sur 3 semaines, pas un état figé.
Premier résultat : ChatGPT et Perplexity ne s'accordent presque jamais
Avant même d'entrer dans les résultats sectoriels, un chiffre résume la situation : sur les 50 entreprises de notre panel, seulement 9 apparaissaient régulièrement dans les deux moteurs. Les 41 autres étaient soit visibles sur l'un et absentes de l'autre, soit absentes des deux.
C'est cohérent avec les données de marché. ChatGPT construit ses réponses davantage depuis sa mémoire d'entraînement que depuis des citations web en temps réel, ce qui en fait systématiquement le moteur le moins favorable à la visibilité de marque dans les études comparatives — le même contenu, sur la même période, produit des résultats dramatiquement moins bons sur ChatGPT que sur Perplexity.
Pour les PME de notre panel, ça se traduit de façon concrète : être visible sur Perplexity ne garantit pas d'être visible sur ChatGPT. Et inversement, les rares entreprises qui apparaissent sur ChatGPT ont presque toujours construit une présence de marque sur plusieurs années — pas un travail de quelques semaines.
Résultats globaux
Sur ChatGPT : 72 % des requêtes n'ont généré aucune mention de l'entreprise testée. Sur les 28 % restants, 18 % étaient des citations directes (sans lien cliquable dans la majorité des cas), 10 % des mentions indirectes.
Sur Perplexity : 65 % des requêtes sans mention. Sur les 35 % avec citation, 20 % directes (avec lien traçable), 15 % indirectes via source tierce.
L'écart entre les deux moteurs est plus faible qu'attendu au niveau global — mais il masque des différences sectorielles importantes.
Résultats par secteur
Agences marketing
ChatGPT : 24 % de citations — légèrement au-dessus de la moyenne. Les agences apparaissent surtout sur des requêtes génériques ("agence SEO Paris") mais disparaissent presque totalement sur les requêtes sectorielles précises ("agence inbound marketing B2B industrie"). ChatGPT semble avoir une connaissance des grandes agences et des noms établis, mais pas des positionnements spécialisés récents.
Perplexity : 22 % de citations. Ici, la source est presque toujours Sortlist, The Manifest ou un article de presse sectorielle. Le blog de l'agence, aussi fourni soit-il, n'est cité dans aucun cas.
Le pattern commun aux deux moteurs : l'agence la plus visible du panel avait une présence tierce dense (Sortlist complet, mention dans Stratégies, études de cas sur Clutch). La moins visible avait 80 articles de blog et zéro mention externe exploitable.
Cabinets RH et recrutement
ChatGPT : 33 % de citations — meilleur taux du panel sur ce moteur. Mais avec une concentration extrême : 3 cabinets sur 10 captaient 74 % de toutes les citations du secteur. Ces 3 cabinets avaient en commun d'être cités dans le palmarès Les Échos/Statista des meilleurs recruteurs, une source que ChatGPT semble avoir fortement intégrée dans sa mémoire d'entraînement.
Perplexity : 34 % de citations, distribution légèrement moins concentrée. La même source dominante — le palmarès Les Échos/Statista — était présente dans 61 % des citations. Observation notable : les requêtes côté candidats ("chasseur de têtes spécialisé direction financière") donnaient de meilleurs résultats que les requêtes côté entreprises sur les deux moteurs.
Avocats et cabinets juridiques
ChatGPT : 19 % de citations — le taux le plus bas du panel sur ce moteur. Les cabinets apparaissent quasi exclusivement quand leur nom est explicitement cité dans la requête. Sur les requêtes de recommandation pures ("avocat droit des sociétés Lyon"), le moteur génère des réponses génériques sur comment choisir un avocat, sans nommer de cabinet précis.
Perplexity : 23 % de citations, tous depuis des annuaires institutionnels (Avocats.fr, pages de barreau, Juritravail). Aucune citation depuis le site d'un cabinet. Les 2 cabinets de notre panel avec une entrée Wikidata avaient un taux de citation 3,2 fois supérieur à la moyenne du secteur sur les deux moteurs.
Conclusion pour ce secteur : ChatGPT n'a tout simplement pas de données fiables sur la plupart des cabinets mid-size. Il refuse de recommander plutôt que de se tromper — ce qui est une forme de prudence, mais qui laisse le champ libre aux cabinets qui ont construit des signaux d'entité solides.
Éditeurs SaaS B2B
ChatGPT : 41 % de citations — le meilleur taux du panel, tous secteurs et moteurs confondus. Ce résultat s'explique : les produits SaaS sont des entités bien définies avec des noms distincts, des catégories de marché établies, et une présence sur des plateformes (G2, Product Hunt) que ChatGPT a fortement indexées dans son entraînement.
Perplexity : 38 % de citations. Sur ce moteur, 82 % des citations provenaient de G2, Capterra ou GetApp. L'éditeur le plus visible avait 47 avis G2 récents avec une note de 4,6/5. L'éditeur le moins visible avait 3 avis et une description de produit générique.
Divergence notable : sur ChatGPT, les éditeurs avec des pages comparatives ("X vs concurrent") apparaissaient 2,8 fois plus souvent. Sur Perplexity, l'effet était encore plus marqué : 3,4 fois. C'est le seul type de contenu propriétaire qui génère des citations significatives sur les deux moteurs dans ce secteur.
Hôtels premium
ChatGPT : 26 % de citations. Le moteur recommande principalement des établissements qu'il "connaît" depuis des médias lifestyle (Condé Nast, guides gastronomiques, presse voyage) — pas depuis TripAdvisor, contrairement à ce qu'on pourrait attendre.
Perplexity : 31 % de citations, avec TripAdvisor comme source dans 89 % des cas. La divergence entre les deux moteurs est ici la plus forte de notre panel : un hôtel peut être visible sur Perplexity via TripAdvisor et invisible sur ChatGPT, ou inversement visible sur ChatGPT via des mentions presse et absent de Perplexity faute de profil TripAdvisor à jour.
Les cinq conclusions transversales
1. Être visible sur un moteur ne signifie pas être visible sur l'autre. Avec seulement 9 entreprises sur 50 visibles régulièrement sur les deux moteurs, la fragmentation est réelle. Une stratégie qui cible uniquement ChatGPT ou uniquement Perplexity laisse une part significative des acheteurs sans couverture.
2. ChatGPT pénalise les entités floues, Perplexity pénalise les entités sans sources fraîches. ChatGPT s'appuie sur sa mémoire d'entraînement : il connaît les marques établies et les ignore si leur positionnement est trop générique. Perplexity s'appuie sur l'index web en temps réel : une chute de citation de 40 % est observée pour les contenus de plus de 30 jours. Les deux moteurs nécessitent des actions différentes.
3. Chaque secteur a une source dominante — et elle est différente sur chaque moteur. Cabinets RH : palmarès Les Échos sur les deux. Avocats : annuaires institutionnels sur Perplexity, quasi-absence sur ChatGPT. SaaS : G2/Capterra sur les deux. Hôtels : presse lifestyle sur ChatGPT, TripAdvisor sur Perplexity. Connaître la source dominante de son secteur sur chaque moteur est le prérequis de toute stratégie de visibilité IA.
4. L'écart entre les entreprises visibles et invisibles s'élargit : 32 points d'écart au T4 2025, 42 points au T1 2026. Les entreprises qui agissent maintenant prennent une avance structurelle sur celles qui attendent.
5. Le contenu propriétaire seul ne suffit pas. Sur 800 requêtes, le site de l'entreprise était la source primaire dans moins de 11 % des citations totales. La visibilité IA se construit principalement depuis des sources tierces — plateformes de review, annuaires sectoriels, presse professionnelle. C'est le renversement fondamental par rapport au SEO traditionnel.
Par où commencer
Ces résultats confirment ce que notre guide complet sur la visibilité IA B2B décrit en détail : la visibilité dans les moteurs IA ne se construit pas depuis son propre site, mais depuis l'écosystème de sources que ces moteurs considèrent comme fiables.
Pour savoir précisément où vous en êtes — sur quels moteurs, sur quelles requêtes, avec quelles sources — notre outil de score donne une première évaluation en 5 minutes. Notre Diagnostic IA reproduit cette méthodologie sur votre entreprise et vos concurrents directs, avec un rapport actionnable sous 5 jours ouvrables.